
Et si, pour comprendre, il suffisait d’apprendre à se faire un film dans la tête ?
Certains enfants “voient” la solution avant même de la calculer.
D’autres retiennent sans effort un texte ou une démonstration en l’imaginant comme une scène de film.
Ce n’est pas de la magie, ni un don particulier :
c’est la capacité de "voir dans sa tête", ou l’art de transformer une idée abstraite en image.
Le chercheur en neurosciences – Jean-Philippe Lachaux, et le mathématicien David Bessis – le confirment :
cette capacité à se représenter une situation dans sa tête est au cœur de la compréhension et de la réussite scolaire.
Et la bonne nouvelle ? Elle s’apprend.
Quand un enfant imagine une scène ou une idée, son cerveau active les mêmes zones que lorsqu’il perçoit vraiment.
Imaginer, c’est déjà percevoir et raisonner.
« Les grandes découvertes sont faites par des gens qui essayent simplement de comprendre […]. Quand ils ne comprennent pas, ils continuent de chercher le bon chemin, les bonnes images mentales, la bonne façon de voir, jusqu’à ce que ça devienne une évidence », et l’auteur d’ajouter un peu plus loin : « Une fois construites, ces images mentales permettent de voir instantanément et sans effort. Mais il faut beaucoup de temps et d’effort pour les construire. »
— David Bessis, 2022
L’étude de Guarnera et al. (2019) montre que les enfants capables de manipuler des images mentales réussissent mieux en mathématiques.
Ils comprennent plus vite parce qu’ils voient plus clairement.
Les enfants ne manquent pas d’intelligence : ils manquent parfois de caméras mentales pour filmer autrement la scène du problème.
Les chercheurs Eyal Doron et Adam Galinsky ont démontré que changer de perspective augmente la créativité et la capacité à trouver des solutions inédites.
Par exemple, relire un texte qu’on a écrit en pensant écouter son professeur de français parler pour facilement remarquer « tout ce qu’il ne dirait pas comme ça ».
On pourrait supposer que si l’élève a écrit dans un style un peu trop parlé ou franchement incorrect (ex: ils « croivent » ou « je ne sais pas c’est quoi »), cette technique permettrait de remarquer de telles fautes lors de la relecture.
Autrement dit : penser autrement, c’est d’abord se représenter mentalement la situation autrement.
Ces techniques favorisent la compréhension et la résolution de problèmes.
(Les astuces liées à la mémoire et à l’attention feront l’objet du prochain article : “Visualiser pour se concentrer et mémoriser”.)
🪄 1. Donne vie à ce que tu apprends
Quand une notion paraît abstraite, aider son enfant à l’incarner.
Ex : “La gravité, c’est une main invisible qui tire vers le bas.”
Ex : “Une phrase, c’est une maison : le verbe est la charpente, les adjectifs la décoration.”
Le cerveau comprend mieux ce qu’il peut voir et ressentir intérieurement.
2. Joue avec les métaphores visuelles
Ex : En grammaire, le verbe agit comme un aimant qui attire les mots.
Ces analogies transforment la théorie en expérience : elles font passer le savoir dans la mémoire vivante.
Il est essentiel d'inciter son enfant à créer sa métaphore.
En invitant son enfant à proposer sa propre visualisation ou comparaison, on encourage l’appropriation cognitive et renforce la métacognition (penser comment on pense.
3. Entre dans la scène
Ex : “Imagine que tu es une molécule d’eau qui s’évapore.”
Ex : “Imagine que tu es un électron qui circule dans le fil.”
Se “mettre en scène” active la cognition incarnée : le corps et la pensée travaillent ensemble pour comprendre.
4. Change de regard
Ex : “Et si tu regardais ce problème comme un architecte ? un explorateur ? un scientifique ?”
Chaque rôle déclenche une représentation mentale différente et développe la flexibilité cognitive, essentielle pour raisonner avec agilité.
5. Retourne la situation
Ex : “Et si on cherchait l’inverse ?”
Ex : “Et si tu essayais de prouver pourquoi cette réponse serait fausse ?”
Ce renversement force le cerveau à restructurer l’information : un entraînement discret à la pensée critique.
6. Crée ton film mental
Avant de se lancer :
Ex : “Ferme les yeux, vois la scène, les objets, les chiffres, les personnages.” "De quelle couleur est-il?" "Comment est habillé ton personnage?"
Visualiser la situation comme une petite séquence animée aide à planifier, comprendre et relier les étapes logiquement.
Jean-Philippe Lachaux le rappelle :
“La facilité n’est pas paresse. Pour rendre les choses faciles, il faut y passer du temps et réfléchir vraiment.”
Chercher la facilité, ce n’est pas éviter l’effort :
c’est clarifier la pensée.
C’est passer du brouillard mental au scénario clair.
Et dans un monde saturé de distractions, savoir se faire un film mental cohérent devient une compétence clé.

Les images mentales ne servent pas qu’à comprendre : elles renforcent aussi la mémoire, la motivation et la concentration.
C’est ce que nous explorerons bientôt dans un prochain article :
“Visualiser pour se concentrer et mémoriser : comment les images mentales renforcent la mémoire et la motivation.”
En attendant, amusez-vous à réaliser vos meilleurs films !
Jean-Philippe Lachaux, Cherchez la facilité, vous réussirez, Cerveau & Psycho, 2024
David Bessis, Mathematica – Une aventure au cœur de nous-mêmes, Seuil, 2022
Eyal Doron, Fostering Creativity in School-Aged Children, Thinking Skills and Creativity, 2017
M. Guarnera et al., Mental Images and School Learning, Frontiers in Psychology, 2019
Grégoire Borst, Le cerveau et l’apprentissage : la révolution de la métacognition, 2023

Abonnez-vous
Abonnez-vous à notre newsletter pour rester informé-e