
Dans la newsletter du lundi 04 mai 2026, j’abordais la question de la motivation intrinsèque et les difficultés que rencontrent certains enfants à l’entrée au collège :
démotivation, opposition, baisse des résultats alors même qu’ils étaient jusque-là investis et impliqués à l’école.
Vous avez été nombreux à y répondre, parce que ce sujet vous touche profondément… et suscite d’autres interrogations très intéressantes.
J’ajoute donc aujourd’hui quelques éléments essentiels pour mieux comprendre ce qui se joue réellement derrière le manque de motivation scolaire.
Car contrairement à ce que l’on entend souvent, la motivation ne se résume pas à :
“avoir envie”
“être travailleur”
ou “faire des efforts”
La réalité est beaucoup plus complexe...
Tous les enfants du primaire ne fonctionnent pas principalement par recherche de validation extérieure.
Certains enfants :
ne cherchent pas particulièrement à faire plaisir
ne sont pas motivés par les récompenses scolaires
et ne donnent pas non plus beaucoup de valeur aux notes
Cela ne signifie pas forcément qu’ils sont “paresseux” ou “sans motivation”.
En réalité, la motivation intrinsèque ne signifie pas automatiquement :
passion scolaire
excellence académique
investissement maximal dans toutes les matières
Un enfant peut :
aimer comprendre certaines choses
être curieux dans certains domaines
avoir une pensée autonome
…tout en manquant :
de projection
de méthode
de sentiment de compétence
ou simplement de sens dans certains apprentissages scolaires.
Et à l’adolescence, ce phénomène peut encore s’accentuer.
Pourquoi ?
Parce que le cerveau adolescent devient particulièrement sensible :
à l’autonomie
à l’utilité perçue
au sens personnel
et beaucoup moins à l’autorité ou aux attentes extérieures seules.
Lorsqu’un adolescent ne voit ni l’intérêt, ni le sens, ni le lien avec lui-même, le désengagement peut rapidement apparaître.
Les travaux de Edward Deci et Richard Ryan montrent que la motivation durable repose sur trois grands besoins psychologiques fondamentaux :
1. Le besoin d’autonomie
L’enfant a besoin de sentir qu’il possède une forme de contrôle sur ce qu’il fait.
Or, beaucoup d’enfants vivent les apprentissages comme quelque chose de subi :
“travaille”
“fais tes devoirs”
“apprends”
“révise”
À long terme, un contrôle trop important peut provoquer :
de la résistance
du désengagement
ou un fonctionnement au minimum
Particulièrement à l’adolescence, période durant laquelle le besoin d’autonomie devient extrêmement fort.
2. Le besoin de compétence
Un enfant a besoin de sentir qu’il peut progresser.
Quand il :
accumule les difficultés
ne comprend pas comment réussir
se compare constamment aux autres
pense qu’il “n’est pas capable”
…le cerveau peut progressivement réduire l’investissement pour protéger l’estime de soi.
Ce mécanisme est très étudié en psychologie :
quand l’effort semble inutile ou trop coûteux émotionnellement, le cerveau cherche à économiser son énergie.
3. Le besoin d’appartenance
L’être humain apprend aussi à travers le lien social.
À l’adolescence, le regard des pairs devient central.
Et parfois, travailler beaucoup ou participer en classe peut être perçu comme :
“se faire remarquer”
“prendre un risque”
“sortir du groupe”
Le désengagement scolaire peut alors devenir une manière de préserver son intégration sociale.

“Comment développer une motivation intrinsèque alors que l’école valorise surtout les notes, les classements et la compétition ?”
Cette question est essentielle.
Car effectivement, le système scolaire repose encore largement sur :
la performance
l’évaluation
la comparaison
les récompenses externes
Les enfants grandissent donc dans un environnement où apprendre est souvent associé à :
une note
une moyenne
un classement
une validation extérieure
La bonne nouvelle, c’est que certains petits changements dans le quotidien peuvent modifier progressivement la relation de l’adolescent au travail scolaire.
Pas en “motivant” davantage.
Mais en changeant ce que son cerveau associe aux apprentissages.
Éviter que chaque discussion tourne autour des notes
Quand les échanges deviennent uniquement :
“Tu as eu combien ?”
“Tu as révisé ?”
“Pourquoi tu n’as pas plus ?”
…le cerveau finit par associer l’école :
-au stress
-à l’évaluation
-à la pression
Essayez parfois d’autres questions :
“Qu’est-ce qui t’a semblé intéressant aujourd’hui ?”
“Qu’est-ce que tu as compris cette semaine que tu ne comprenais pas avant ?”
“Quel cours t’a demandé le plus de réflexion ?”
Cela déplace progressivement l’attention :
de la performance… vers la compréhension.
Introduire des micro-choix au lieu du contrôle permanent
À l’adolescence, le besoin d’autonomie devient central.
Même un petit espace de choix peut diminuer l’opposition.
Par exemple :
“Tu préfères commencer par quoi ?”
“Tu travailles 20 minutes maintenant ou après le repas ?”
Le cerveau résiste beaucoup moins lorsqu’il garde une sensation de contrôle.
Montrer que les apprentissages existent aussi hors de l’école
Beaucoup d’adolescents ont l’impression que “les cours ne servent à rien”.
Or, le cerveau apprend mieux lorsqu’il perçoit une utilité concrète.
Un adolescent passionné de sport peut :
analyser des statistiques
calculer des performances
comprendre la récupération musculaire
Un jeune passionné de jeux vidéo mobilise souvent :
l’anglais
la logique
la stratégie
la résolution de problème
Nommer ces compétences aide l’adolescent à comprendre qu’il est déjà capable d’apprendre.
Et surtout :
que les apprentissages scolaires peuvent avoir un lien avec son monde.
Normaliser l’effort et les erreurs
Beaucoup d’adolescents décrochent parce qu’ils interprètent la difficulté comme :
“je suis nul”
“je n’y arriverai jamais”
Alors qu’en réalité, apprendre implique forcément :
des erreurs
des essais
des ajustements
Vous pouvez verbaliser cela très simplement :
“Ton cerveau est justement en train d’apprendre.”
“Si c’est difficile, ça ne veut pas dire que tu es incapable.”
“Cherchons une autre stratégie.”
Les recherches montrent que cette manière de parler influence fortement le rapport à l’effort et la persévérance.
Aider l’adolescent à mieux comprendre son propre fonctionnement
Certains adolescents ne manquent pas de capacité…
mais ne savent pas :
comment apprendre
comment mémoriser
comment gérer leur attention
comment s’organiser
Et cela crée rapidement du découragement.
Parfois, travailler la motivation passe d’abord par :
apprendre à planifier
fractionner une tâche
tester différentes méthodes
comprendre son fonctionnement cognitif
Autrement dit :
avant de demander “plus d’efforts”, il faut parfois apprendre à l’adolescent comment son cerveau fonctionne.
Et c’est probablement l’un des plus grands enjeux éducatifs actuels : ne pas simplement apprendre aux enfants des contenus, mais leur apprendre aussi à comprendre leur propre fonctionnement.

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